La vie devant soi Tillbaka

GÖTEBORGS UNIVERSITET
Romanska institutionen
Avdelningen för franska och italienska
Texte 3
Mikaëla Lind ht 2003

La vie devant soi de Romain Gary:
"La mort comme une partie de la vie"

La vie devant soi est un livre écrit du point de vue d'un enfant. C'est Momo, qui a entre 10 et 14 ans, qui nous raconte l'histoire de sa vie, une histoire drôle grâce à la façon dont il la raconte, mais en même temps une histoire très triste de l'amour entre Momo et Madame Rosa, ceux qui à la fin du livre seront séparés par la mort. Nous allons étudier ici comment la mort est présentée dans ce livre, c'est-à-dire comment Momo la voit. Nous commencerons par voir la peur de la vieillesse que possède l'auteur et ensuite nous étudierons les lois de la nature, qui disent que la vie se terminera un jour, et le rapport entre elles et les lois humaines. Finalement, nous allons traiter l'opinion de l'auteur contre celle de la société, de l'euthanasie.

La vie devant soi est une histoire sur la vie, du point de vue de Momo, mais c'est aussi un livre sur la mort et la vieillesse, dans la perspective de Madame Rosa. C'est le petit Momo qui a la vie devant lui, Madame Rosa l'a derrière elle. Elle a la mort devant elle. Elle vieillit le long du roman et elle devient de plus en plus malade. Nous voyons aussi vieillir Monsieur Hamil. Au début du livre il est vif et éveillé, il parle avec Momo de toutes ses expériences de la vie. Il lui raconte l'histoire de son grand amour. Il se souvient du nom de la fille, et il lui a promis qu'il « n'oublierai[t] pas » (p 11). « Les années passaient, [il] n'oubliai[t] pas » (p 11). Mais à la fin du livre, lorsqu'il est devenu très vieux est aveugle, il ne s'en souvient plus. Il raconte de nouveau à Momo, qu'il a « aimé quelqu'un quand [il] étai[t] jeune » et qu' « elle s'appelait ... » (p 267) Il a oublié le nom, une conséquence de la vieillesse. Momo voit vieillir ces deux personnes si importantes pour lui. Il voit le temps passer, « celui qui va lentement et qui n'est pas français » (p 158). Il voit dans le visage de Monsieur Hamil que celui-ci « se fait voler chaque jour un peu plus » (p 158) et il trouve que « le temps c'est du côté des voleurs qu'il faut chercher » (p 158). C'est une image de la vieillesse triste et effrayante et c'est la façon de l'auteur de nous dire que la vieillesse lui fait peur.

La vie va son train et ce sont les lois de la nature qui décident si nous allons tous devenir vieux et mourir un jour. Momo parle beaucoup de ces lois, et il n'est « pas tellement chaud pour les lois de la nature » (p 149). Il trouve que c'est injuste, il est très désolé pour Madame Rosa qui doit souffrir autant et qui est bloquée dans son appartement parce qu'elle n'a plus la force de pouvoir descendre les escaliers du sixième étage. Momo nous donne son opinion sur les lois de la nature: « La nature, elle fait n'importe quoi à n'importe qui et elle ne sait même pas ce qu'elle fait, quelquefois ce sont des fleurs et des oiseaux et quelquefois, c'est une vieille Juive au sixième qui ne peut plus descendre » (p 149). Il trouve aussi que la nature [...] peut être une belle salope [...] qui [...] fait crever [les gens] à petit feu » (p 158-159), par rapport à la souffrance de Madame Rosa, la seule personne au monde qu'il ait jamais aimée.

Il y a aussi des lois qu'ont inventées les hommes, par exemple que « l'euthanasie est sévèrement punie » (p 237), comme le dit le docteur Katz. Madame Rosa en est très consciente et elle raconte à Momo qu'à un hôpital, « ils vont [la] faire vivre de force » parce qu' « ils ont des lois pour ça » (p 182).

Les lois humaines vont en ce cas contre la nature, qui veut qu'une personne meure lorsque c'est l'heure, lorsqu'elle n'a plus de conscience ni de force à respirer elle-même. Ce à quoi Momo s'oppose, c'est que « la médecine doit avoir le dernier mot et lutter jusqu'au bout pour empêcher que la volonté de Dieu soit faite » (p 206).

Parfois même la nature ne laisse pas mourir une personne qui se considère prête. Madame Rosa ne veut plus vivre et Momo, qui l'aime, ne veut pas la voir souffrir. Il veut l'aider à mourir, mais il ne peut pas. Il « trouve qu'il n'y a pas plus dégueulasse que d'enfoncer la vie de force dans la gorge des gens qui ne peuvent pas se défendre et qui ne veulent plus servir » (p 264). Madame Rosa est fatiguée de la vie. Elle a « donné son cul aux clients pendant trente-cinq ans [et elle] ne [veut] pas maintenant le donner aux médecins » (p 183). A travers Madame Rosa et Momo, Romain Gary critique les traitements des hôpitaux et le fait que l'euthanasie est interdite. Comme c'est Momo qui parle et comme il parle d'une manière très directe, les opinions de l'auteur sont souvent très claires. Parfois elle sont un peu plus cachées, mais quand même évidentes. Lorsque Madame Rosa « n'a pas toute sa tête » Momo lui amène un cracheur de feu, Monsieur Waloumba, qui lui fait un spectacle pour la réveiller. Il dit qu'il lui fait « un traitement de choc car le docteur Katz [dit] que beaucoup de personnes sont améliorées par ce traitement à l'hôpital où on leur allume brusquement le feu dans ce but » (p 174). Romain Gary se moque des électrochocs, qui sont utilisés dans les hôpitaux pour empêcher des personnes de mourir.

Momo, qui ne sait pas très bien employer toutes les expressions qu'il a apprises, dit qu'« il n'[est] pas possible de se faire avorter à l'hôpital » (p 206). Il mélange les expressions et par avorter il veut dire aider à mourir. Lui et l'auteur, « ne comprendr[ont] jamais pourquoi l'avortement, c'est seulement autorisé pour les jeunes et pas pour les vieux » (p 264). l'avortement, c'est-à-dire l'euthanasie, n'est pas autorisé pour les jeunes non plus, mais il doit faire allusion aux suicides. Les jeunes sont capables de se faire avorter eux-mêmes, de se suicider, alors que les vieux qui veulent mourir ne sont plus capables de rien et sont livrés aux autres gens, souvent aux médecins. Il faut dire ici, pour souligner les opinions de l'auteur, que Romain Gary même s'est suicidé.

Momo fait tout pour aider Madame Rosa et finalement il prend les choses en mains et l'emmène dans son trou juif, dans la cave de l'immeuble, où il reste à côté d'elle « jusqu'à ce que la mort s'ensuive (p 180). Ils sont séparés par la mort, mais Momo lui monte son amour jusqu'au bout, en la quittant pas.

Nous pouvons conclure que La vie devant soi n'est pas seulement un livre sur la vie, comme l'indique le titre, mais aussi sur la mort. La mort comme une partie de la vie. Selon les lois humaines, chacun est libres de décider de sa vie, et si la mort en fait partie, chacun devrait aussi pouvoir décider là-dessus. La nature nous laisse vieillir et quand nous avons assez vécu, il est naturel que nous voulions mourir.


Les indications de page renvoient à l'édition de Folio de 1985